Le tabou du temps

«Tu l’as fait en combien de temps?» Je me suis fait poser la question souvent. Plus c’est rapide, plus les gens sont impressionnés… mais plus c’est long, plus les gens sont aussi impressionnés!

Vous savez pourquoi? Parce que ça prend du caractère pour terminer. Quand on est une vraie gazelle qui peut focuser sur ses objectifs, c’est normal d’avoir des attentes au niveau de sa vitesse. Quand on est travailleur, chef de famille, en période de remise en forme, bref, qu’on a toutes les raisons pour choisir le canapé à l’asphalte, accomplir une course, c’est un exploit qui mérite d’être valorisé.

Personnellement, je n’ai aucun problème à partager mon temps.  J’ai déjà couru un demi-marathon en 1h51. Je l’ai fait aussi en 2h36. Pour moi, ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autres. Au sommet de ma forme, je suis capable de suivre un plan très structuré, avec des intervalles précis. Avec les cuisses découpées au couteau, pourquoi ne pas me mettre au défi? Puis, il y a des événements de la vie qui relèguent l’entraînement au second plan. Le corps change, les défis changent! Je le dis haut et fort, je suis fière de toutes mes participations: pas de tabou!

C’est un peu comme les films sportifs américains. Le héros ne gagne pas toujours. L’histoire reste aussi accrochante, parce qu’on reconnaît les vrais combattants. Ceux qui vont au bout des choses dans l’adversité. Réussir, gagner… c’est une attitude qui vient plus naturellement. Choisir de garder la tête haute, d’être fier de s’être accompli, ce n’est donné qu’aux vrais de vrais.

Finalement, chaque course a son histoire qui ne se résume pas à un temps.

J’aimerais vous parler de la blogueuse de course américaine Kelly Roberts. C’est une personne influente sur les médias sociaux grâce à ses messages positifs. Elle met de l’avant la célébration de la diversité corporelle avec son #sportsbrasquad. Depuis plusieurs mois, elle s’est fixé un objectif qu’elle qualifie ainsi: «make impossible, possible» (rendre l’impossible, possible). Elle désire se qualifier pour le marathon de Boston.

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Kelly Roberts (source)

Première tentative: elle a frôlé la qualification de 5 minutes. Avec presqu’une heure retranchée à son précédent record personnel, il y avait de quoi être fière! Les lecteurs se sont ralliés derrière elle: elle était si proche du but, ce n’était pas le temps d’abandonner l’objectif.

La deuxième tentative était au marathon de Londres. Je me souviens d’être allée sur le site afin de suivre sa participation. Constatation: ça n’allait pas bien pour Kelly. Elle était loin de l’objectif. J’étais si attristée pour elle!

Elle s’est exprimée assez rapidement sur les médias sociaux. Fidèle à ses habitudes, c’est avec beaucoup d’authenticité qu’elle a livré son message. Elle n’a pas caché sa déception. Cependant, elle a livré aussi sa grande fierté: avoir terminé ce marathon. Alors qu’elle avait mal et qu’elle voyait son objectif glisser entre ses doigts, elle a voulu cesser sa participation. En  marchant, elle a rencontré une autre coureuse en difficulté. Les deux se sont mises à maudire leur sort. Ensemble, elles ont retrouvé aussi le sourire. Puis Kelly a choisi de compléter la distance, peu importe le résultat. Son leitmotiv: Pas de regrets, pas d’excuses. Ainsi, Kelly n’a peut-être pas réussi son objectif premier pour le moment, mais elle a plutôt livré une sacrée leçon de vie:

« C’est la beauté de Pas de regrets, pas d’excuses. En autant que tu donnes le meilleur de toi même, peu importe ce que ça veut dire pour toi cette journée, tu ne peux absolument pas échouer. Ça ne veut pas dire que tu ne ressentiras pas de douleur ou de déception, ça veut juste dire que tu n’auras pas à regarder dans le miroir et voir une personne qui a peur de croire en elle-même. » ( Référence )

La démarche de Kelly en est une de démocratisation de la course à pied. Bien sûr, il y a toujours les «élitistes», qui aimeraient garder «leur» sport pour les gens qui ont accès à des podiums. Mon avis personnel: ce sont des athlètes ratés. Parce que la beauté du sport, c’est l’esprit de camaraderie, c’est d’encourager son prochain à donner le meilleur de soi, point barre. Souvenez-vous de Usain Bolt et Andre De Grasse lors des derniers Jeux Olympiques. Leur  objectif est bien entendu de remporter la compétition, ce qui implique d’être plus rapide que l’autre. Cela ne les a pas empêchés de nous montrer la naissance d’une belle amitié!

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Source

Est-ce que vous vous souvenez de leur temps? Je suis convaincue que non.

Alors la prochaine fois qu’une personne vous demande la fameuse question: «Tu l’as fait en combien de temps?», relevez le menton et soyez fiers.

Pas de regrets, pas d’excuses.

C’est comme ça qu’on gagne dans mon sport à moi.

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