New York Marathon: 2ème partie

Se rendre au départ

Le matin de la course, perdue dans le labyrinthe souterrain de New York, c’est la gentille Michelle qui m’a guidée jusqu’au départ. Il y a quatre vagues (heures) de départ. La première vague est normalement composée d’athlètes qualifiés, de vedettes (en 2015, la belle Alicia Keys était de ce départ!) et des coureurs commandités. Il y a ensuite la deuxième vague, celle de ma nouvelle amie. J’étais dans le départ suivant.

J’ai lu que l’attente au village du départ pouvait être très longue. Avec mon cafouilli du transport, je n’ai cependant pas eu à attendre très longtemps. Un tour aux toilettes, quelques minutes d’attente et je pouvais déjà me préparer à partir. Comme j’avais choisi l’option sans bagage, j’avais revêtu de vieux habits pour garder ma chaleur, habits que des bénévoles recueillent, par la suite, pour les distribuer aux sans-abris.

départnyrobedechambre

La chance a fait en sorte que ma cohorte débutait la course sur le dessus du pont Verrazano et non au pont de l’étage inférieur. Bien des coureurs vont choisir de changer leur vague afin de s’assurer une meilleure vue. Bien qu’il soit possible de retarder son départ, impossible de l’avancer.

C’était un premier novembre anormalement chaud. J’ai couru le marathon en shorts et en camisole. J’ai gardé des gants au départ, mais je m’en suis vite débarrassés. J’ai été très confortable pour toute la course.

Staten Island (le départ)

If I can make it here, I can make it anywhere…

La voix de Frank Sinatra accueille les coureurs. On prend place sur le pont. Les bruits d’hélicoptères survolant le départ accompagnent le chanteur jazz.

I want to be a part of it, New York, New York!

Ça y est. Après des années à l’avoir souhaité, après des mois à l’avoir entraîné, me voilà au départ de ce marathon historique. L’émotion est à son comble. On dit toujours qu’il faut vivre le moment présent, mais c’est difficile de ne pas penser à planifier sa soirée, se souvenir des courses du lendemain… Pour une fois dans ma vie, le temps s’arrête. Je suis à New York, avec des milliers de coureurs et c’est suffisant. Je savoure chaque seconde, parce je ne vais jamais revivre ce moment.

C’est si impressionnant de voir tous les coureurs! C’est littéralement coude à coude! Le premier «mile» de la course est une bonne montée, mais portée par l’engouement du départ, je n’ai même pas remarqué.

Brooklyn (miles 1-12)

Des spectateurs… oh mon Dieu! Il ne s’agit pas de gens alignés sur le bord des routes… non, c’est plutôt une foule qui vous attend sur les côtés du parcours. Si vous êtes du genre à courir avec de la musique, je suis certaine qu’il vous sera impossible de l’entendre. C’est un véritable spectacle rock dont vous êtes la star! Ma montre GPS était détraquée, il lui était difficile de garder le signal. À ce moment, je tentais aussi de dépasser des coureurs afin de trouver mon rythme… idée que j’ai vite abandonnée. Il m’était impossible de me frayer un chemin parmi tous ces participants. Et pourquoi se presser? J’allais bien pouvoir rattraper mon temps à la deuxième partie, lorsque les coureurs seraient davantage dispersés. De toute façon, j’ai toujours fait mes compétitions avec des negative split (la deuxième moitié plus rapide que la première). C’était carrément le party, je n’avais toujours pas l’impression de courir.

Queens (miles 13-16)

Déjà à mi-chemin! C’était le temps de faire le plein à la station d’eau. J’ai pris mon gobelet et j’ai continué de courir à l’aide de ma super technique de boire et de courir en même temps. Sauf que cette fois-ci, impossible de jeter le verre sur les côtés de la route puisqu’il y a foule. Les coureurs n’ont pas le choix de les laisser tomber devant eux. Rendue à la troisième vague, la route est maintenant recouverte d’un tapis de gobelets de carton écrasés, ruisselant d’eau. J’aurais dû prendre le temps de marcher, au lieu de tenter de rattraper le temps perdu. Je suis tombée, comme dans les bandes dessinées: mon pied a glissé et hop! sur le derrière. Deux bénévoles de l’aide médicale, juste à côté (je suis tombée au bon endroit!), m’ont soulevée avant même que je tente de me relever. Après une vérification rapide, je suis retournée courir. Je sentais bien cette douleur dans ma fesse gauche, mais je me disais que c’était seulement le choc. Assez perdu de temps!

C’était maintenant le moment de traverser le pont Queensborough. Une bonne montée, et aucun spectateur à cet endroit. Le bruit des pas, le souffle des coureurs. Plusieurs préfèrent marcher. Pas moi. J’adore grimper. J’entendais seulement mon coeur qui cognait, les bruits de mes pas et de mon souffle. Après toute cette adrénaline, ça m’a fait du bien de retrouver ma petite bulle. Puis, au loin, une sorte de rugissement se fait entendre; les spectateurs de 1st avenue nous attendent. Show time!

queensborough
Queensborough via competitor.com

Manhattan (miles 16-20)

Ça s’appelle le wall of sound. Une mer de gens qui chante, crie, danse. L’adrénaline monte en flèche. J’avais lu que beaucoup de coureurs se font avoir par cette partie et vont trop rapidement. Pour ma part, ma fesse me faisait souffrir! Je trottinais plus qu’autre chose. Les visages chaleureux ont fait un baume sur ce record personnel qui glissait de plus en plus loin de moi. J’ai marché un peu pour changer le mal de place. Non, ce ne sera pas mon marathon le plus rapide. Tant pis! Je ne voulais pas être misérable, je voulais profiter de chaque minute. Après ce petit détour dans Manhattan, c’était l’heure du…BRONX!!

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1st avenue via Competitor

The Bronx (miles 20-22)

À plusieurs reprises, j’ai lu ce conseil: une fois la foule dissipée de First Avenue, «Just Get to the Bronx, just get to the Bronx» pour qu’une fois arrivée, «Just Get the f*ck out of the Bronx». C’est une partie plus calme, la dernière avant le retour dans Manhattan. Les coureurs sont fatigués, physiquement et mentalement. Puisque cette partie semblait plus difficile, je m’y étais préparée. Tout le long de mon entraînement, j’avais, dans ma liste musicale, la chanson Jenny From the Block de Jennifer Lopez. Ça peut sembler idiot, mais de m’avoir répété «I’m still, I’m still, M-P from the block. From the Bronx!» a fait en sorte que j’attendais avec impatience cette partie du marathon. Un running gag efficace!

Comble de chance, une station d’encouragement avec de la musique a joué la chanson de New York d’Alicia Keys, au moment de mon passage. Très heureuse d’entendre cette mélodie, je me suis mise à chanter, les bras dans les airs. Les quelques spectateurs ont chanté avec moi. J’ai passé un très beau moment dans le Bronx.

Avant de traverser le pont qui mène à Manhattan, une spectatrice scandait fièrement avec son affiche «Last.Damn.Bridge.». C’est qu’il y a beaucoup de ponts sur le parcours! Cette pancarte a bien amusé les coureurs.

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Via Kaella on the Run

Manhattan (miles 22-26.2)

5th avenue… une montée graduelle (assez vicieuse, excusez l’expression!), mais beaucoup de spectateurs, beaucoup d’énergie. Je savais que les coureurs sous la barre des 4h25 avaient la chance de voir leur nom imprimé dans le NY Times du lendemain. Je voulais cet honneur. J’ai fait fi de ma douleur et de ma fatigue afin d’augmenter ma vitesse. Je me suis mise en mode métronome. Une, deux. Une, deux. Jusqu’à Central Park. Là, beaucoup d’émotions m’ont submergée. C’était si beau. Je me souviens d’avoir eu la chair de poule, pas parce que j’avais froid, mais parce que chaque fibre de mon être réalisait que ça y était. J’avais accompli mon rêve. J’étais une «finisher» du marathon de New York.

J’ai franchi le fil d’arrivée en volant. Je criais, je pleurais, je marchais croche et je fonçais dans les autres coureurs, qui ne m’en ont pas tenu rigueur. J’ai immédiatement téléphoné à mon amoureux et à ma maman.

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L’arrivée

J’ai complété le marathon en 4h22. C’est loin d’être mon meilleur temps (4h08), c’est loin de l’objectif fixé et entraîné (4h). C’est la première fois que je n’améliore pas mon temps en compétition. J’aurais cru que cela m’aurait affectée, mais pas du tout. Il s’agit, à ce jour, d’une grande fierté. De toute façon, pour ma famille et mes amis non-initiés, il est bien plus impressionnant de courir pendant 4h22 que pendant 4h, hihi!

Une bénévole m’a recouverte de ma cape en polar et m’a remise ma médaille. Puis, c’était les retrouvailles! Un autre moment très émotif. Vous voyez, mes amies ont parcouru le métro toute la journée dans l’espoir de m’encourager. Notre constat est que ce marathon est beaucoup trop grand pour surprendre un coureur avec son équipe de supporters. Vaut mieux prévoir deux à trois emplacements maximum afin de pouvoir se retrouver.

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Pas simple le métro!

Nous avons pris le métro et nous sommes rentrées au bercail. J’ai passé beaucoup de temps au téléphone! Via l’application du marathon, il est possible de suivre ses coureurs instantanément. Suivre un point rouge sur une ligne… il faut le faire! Mon amie Michelle a fait attendre son amoureux à l’épicerie pour me «voir» franchir la ligne d’arrivée… la maman de mon amie France, qui ne me connaît ni d’Ève ni d’Adam, a suivi mon parcours… le papa de mon autre meilleure amie, Théa l’a téléphonée lorsque le point rouge s’est arrêté (lors de ma chute)… mon amoureux a filmé mon arrivée à la télévision et il a pris, pour la seule fois de sa sainte vie, une selfie… Sans le réaliser, j’ai réuni beaucoup de gens qui m’ont tellement accompagnée, coeurs et âmes, dans cette aventure. J’ai pensé à eux tout le long de ma course. Je suis convaincue qu’ils sont la raison pourquoi j’ai eu le sourire collé aux lèvres tout le long, malgré la douleur et la fatigue. Sans le savoir, ils ont couru, eux aussi, le marathon de New York.

C’est ce que je retiens le plus de mon expérience. Pour moi, c’est important de ne pas se prendre au sérieux quand il est question de course à pied. Je ne guéris pas le cancer, après tout! Toutefois, j’ai reçu une de ces vagues d’amour… wow! Je ne savais pas qu’autant de gens pouvaient m’apprécier à ce point-là.

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Je tiens à remercier, encore une fois, ma partner in crime Jessica. Je sais que tu vas lire ces lignes mon amie. Les chandails, la carte, les déguisements, fouiller la Big Apple de fond en comble pour me retrouver… Avec toi à mes côtés, la vie est juste meilleure. Je t’aime d’amour. Ce marathon-là… c’est aussi le tien. À ton tour maintenant 😉

En terminant, voici mon conseil (je me le permets en tant que vétérante, ha!). Si vous pensez un jour faire UN marathon, c’est celui-là. Oui, vous allez devoir suivre un entraînement rigoureux, mais rendue sur place, ce sont les spectateurs et l’effervescence de la ville qui vont vous porter. Je vous recommande aussi d’oublier les objectifs de temps. Pourquoi ne pas le faire juste pour le plaisir? C’est un trajet qui est reconnu pour être éprouvant, il est quasi impossible d’effectuer des dépassements et les signaux GPS ne sont pas constants. Profiter du fait que vous visiter New York, de la meilleure façon qui soit: à pied. Profiter qu’on va vous couvrir d’encouragements. Profiter de voir en temps réel des lieux si souvent vus dans les films. Profiter de chaque seconde. Tout simplement.

Xoxo

Marie Court

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À voir absolument!

2 thoughts on “New York Marathon: 2ème partie

  1. super intéressant 😀 merci ! Comme je m’entraîne pour mon premier et surement le seul marathon que je ferai, c’est le fun de lire ton récit! J’espère le faire sans trop souffrir et le terminer avec un tit mini sourire hihihi! J’ai choisi le tit train du nord en espérant que la surface de gravier et le fait que ça descend pas mal va m’aider :OP Pas d’objectif de temps, juste de le finir ! Bravo à toi championne :O)

    1. J’y serais sûrement! Je fais souvent mes longs runs là-bas, mais dans le sens qui monte, alors pour une fois de le descendre, ça va être agréable 😉 . Je te souhaite de passer la plus belle des expériences et je vais te suivre dans ton entraînement sur ton blogue! Merci pour tes bons mots xoxl

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